LETTRE DE BALTHAZAR (7)

de CLIFTON au MARIN (Martinique)

du Samedi 4 Avril au Jeudi 9 Avril 2009

Samedi matin après une grasse matinée nous savourons un bon petit déjeuner dans le cockpit, rafraîchis par un alizé agréable au milieu d'une eau turquoise et transparente. La luminosité est telle que nos visages prennent des reflets verts clairs!

Déjeuner simple avec salade de riz au thon et bananes et en route directe vers les Tobago Cays qui se trouvent à seulement 4 milles.

Nous n'aurons pas le temps d'aller flâner dans Clifton (car Vendredi Saint est férié en Martinique et le chantier Carénantilles nous attend Jeudi matin à 9 h pour mettre Balthazar au sec et en sécurité) et voir si la leçon de steel band donnée à une classe d'enfants, qui nous avait fascinée quand nous étions venus ici avec Marines en 2004 était toujours en action. Nous avions également vu alors au travail un facteur de cet instrument du pauvre, simple baril de pétrole martelé, dont ils arrivent à tirer une musique très prenante avec des notes presque pures. A l'oreille il dispose des cavités et des bosses de diamètres variables, dans un arrangement dont il a le secret, en repoussant localement le fond supérieur du fût comme un chaudronnier. Quel art et quelle simplicité à la fois: bravo l'artiste, il mérite beaucoup de respect des hommes de l'art et encore plus du grand public !

Après avoir déradé nous nous retrouvons moins d'une heure après mouillés dans ce petit paradis des Tobago Cays. Ayant aperçu beaucoup de mâts du côté du reef (nous sommes à la période de presse de Pâques où les flottes de location tournent à plein) nous sommes allés mouiller dans la petite passe entre Petit Rameau et Petit Bateau, exactement là où nous avions passé avec Marines notre première nuit, au calme

devant la petite plage de sable blanc bordée de cocotiers. Seul un ketch britannique est mouillé devant nous. Oui André, Catherine est présente et je pensais à elle en arrivant dans cet endroit paradisiaque. J'ai hâte en rentrant de revoir son film qui décrit si bien, avec sa sensibilité et sa poésie, ces Grenadines qu'elle avait tant aimées. Catherine est une femme qu'on ne peut oublier.

Dimanche baignade puis barbecue en maillots de bain sous les cocotiers. Romeo, sympathique gaillard d'Union, nous sert à chacun après le ti punch et des hors d'oeuvre créoles une énorme demi langouste grillée remarquablement bien assaisonnée d'une sauce genre sauce chien mais pas trop forte pour ne pas écraser le goût de la langouste. Cette sauce agrémente les christofines cuites sous la cendre qui l'accompagne. Des bananes flambées concluent cet excellent repas arrosé d'un sancerre bien frais que nous avions amené en zodiac.

Lundi promenade en zodiac sur le reef mais l'absence d'André, excellent nageur, nous retient pour plonger dans les courants importants qui balayent les massifs de coraux, induits par un alizé relativement musclé. Nous nous contentons de tirer le zodiac sur un isthme de sable minuscule qui s'avance dans l'eau turquoise et transparente et se baigner sous sa protection. Nous apercevons au loin Petit Tabac où nous avions passé une journée et une nuit avec Marines dans un cadre et un isolement de Robinson Crusoë.

C'est avec regret que nous levons l'ancre Mardi en début d'après midi pour mettre le cap direct sur la Martinique située au Nord à un peu plus de 110 milles. Sous Grand Voile arisée (2 ris) et Solent BALTHAZAR remonte très à l'aise au près un alizé donnant un vent apparent variant entre 18 et 24 noeuds. En passant sous le vent des montagnes de Saint Vincent puis de Sainte Lucie nous sommes déventés dans la nuit et la risée Perkins nous permet alors de nous placer au vent de la route pour affronter ensuite l'alizé renforcé et les courants traversiers des passes entre les îles. Au point du jour nous atterrissons en Martinique, juste au vent du fameux rocher DIAMANT, sorte de grosse canine jaillissant de la mer. Ecrasé par cette masse de roche de 175 m de hauteur, on ne peut éprouver qu'un sentiment d'admiration pour l'opiniâtreté de ces marins Anglais qui hissèrent leurs canons à son sommet, pour narguer les Français qui tenaient l'île depuis le téméraire Belain d'Esnambuc au début du XVII ième siècle malgré plusieurs tentatives des Anglais et des Hollandais pour s'en emparer.

Cette Martinique charmeuse s'allia aussi à la grâce féminine avec Madame de Maintenon, élevée au Prêcheur, dans le Nord de l'île, qui sut séduire le Roi Soleil puis plus tard l'Impératrice Joséphine, née Joséphine Tascher de la Pagerie, qui sut séduire Bonaparte. Sous son influence Napoléon rétablit honteusement l'esclavage en 1802 (alors qu'il avait été aboli à la Révolution). Les Martiniquais (et les Guadeloupéens) lui en veulent beaucoup et sa statue à Fort-de-France est régulièrement vandalisée. Il faudra attendre Victor Schoelcher, député de la Martinique et de la Guadeloupe, pour que la France abolisse définitivement en 1848 le honteux trafic du bois d'ébène.

Nous embouquons le long et étroit chenal encombré de bancs de coraux du cul-de-sac Marin par un temps de crachin Breton (tiède quand même!) et arrivons à la marina du Marin avant l'ouverture des bureaux.

Dans la soirée nous accueillons des anciens du CSG, les Lesec et les Bondil, partageant l'année entre leurs appartements des 3 îlets et respectivement Bormes les Mimosas et Nice. Nous les recevons à dîner à bord, Mimiche leur ayant mitonné poulet en sauce, ratatouille et un excellent gratin de christophines. Nous avions auparavantfêté ces revoyures par un Champagne bien frappé qu'ils avaient eu la sympathique idée d'apporter. Lendemain matin le réveil sonne à 6h30 pour être à l'heure au chantier, après avoir fait un 360° lent pour vérifier la cohérence des indications du compas du bord et du compas de référence PG500 du pilote Furuno.

Hissage et travelift sans problème (on a quand même toujours une appréhension quand les grosses sangles se tendent et que les 28 tonnes de Balthazar émergent en douceur de l'eau).

Bricolage, lavage, nettoyage, mise en sac (quel boulot!) des génois et solent pour les protéger des UV, leurs bandes anti UV qui ont souffert à Salvador ne les protégeant plus correctement.

Le soir nos amis viennent nous chercher et après une douche bien méritée au très agréable hôtel Carrayou, situé au bord d'une petite plage, à côté de la petite marina des 3 Ilets, dans lequel nous prenons chambre pour 2 jours, nous allons savourer une excellente cuisine créole dans un restaurant martiniquais très simple mais fort sympathique de l'Anse à l'Ane, au bord de l'eau: au menu ti punch, accras de crevette, boudins créoles, colombos, bananes flambées.

C'est ce Vendredi Saint (j'ai mangé au petit restaurant du chantier une excellente brandade de morue pour faire maigre et marquer le coup) que je vous donne ces nouvelles, seul sur le bateau que je suis venu fermer pour quelques semaines.

Le Marin Vendredi Saint 10 Avril 2009